Aller au contenu principal
Fermer

Aux Saintes en Guadeloupe, les chèvres nuisent à la biodiversité
information fournie par AFP 24/03/2026 à 07:52

Des chèvres sur la plage Pompierre à Terre-de-Haut, aux Saintes, archipel touristique de Guadeloupe, le 18 mars 2026 ( AFP / Carla Bernhardt )

Des chèvres sur la plage Pompierre à Terre-de-Haut, aux Saintes, archipel touristique de Guadeloupe, le 18 mars 2026 ( AFP / Carla Bernhardt )

Elles arpentent les plages, broutent dans les jardins et ravagent les espaces protégés: aux Saintes, archipel touristique de Guadeloupe, des chèvres ensauvagées sont devenues un fléau écologique. Un plan visant à réguler leur population est mis en place.

Posé entre la Dominique et la Basse-Terre, ce chapelet d'îlets volcaniques attire chaque année des dizaines de milliers de visiteurs, séduits par ses eaux turquoise et ses criques préservées. Terre-de-Haut, le plus fréquenté, est une escale prisée des paquebots de croisière.

Des chèvres sur une route à Terre-de-Haut, aux  Saintes, en Guadeloupe le 18 mars 2026 ( AFP / Carla Bernhardt )

Des chèvres sur une route à Terre-de-Haut, aux Saintes, en Guadeloupe le 18 mars 2026 ( AFP / Carla Bernhardt )

Mais derrière la carte postale, un fléau écologique se joue. "Rien que pour Terre-de-Haut, on évalue le cheptel à au moins un cabri par habitant, soit 1.500", illustre Marie Robert, ingénieure en connaissance de la biodiversité des Antilles à l'Office français de la biodiversité (OFB).

L'estimation devrait être affinée grâce à la pose de 50 pièges photographiques d'ici plusieurs mois.

Les animaux, arrivés avec l'homme, ont longtemps constitué la seule source de viande locale. "À l'époque, tout le monde avait quelques cabris en liberté dans la forêt sèche", raconte Philippe De Proft, garde-littoral aux Saintes depuis près de vingt ans.

La baie des Saintes avec le fort Napoléon vus de la colline du Chameau à Terre-de-Haut dans l'archipel des Saintes, en Guadeloupe le 18 mars 2026  ( AFP / Carla Bernhardt )

La baie des Saintes avec le fort Napoléon vus de la colline du Chameau à Terre-de-Haut dans l'archipel des Saintes, en Guadeloupe le 18 mars 2026 ( AFP / Carla Bernhardt )

Mais avec l'essor du tourisme, les modes de vie ont changé. Les nouvelles générations n'ont pas repris l'élevage. Les chèvres, elles, prolifèrent: une femelle peut mettre bas deux à trois petits plusieurs fois par an.

Si les cabris attendrissent les visiteurs, ils représentent une menace sérieuse pour les écosystèmes. "Ils surconsomment les plantes indigènes, laissant toute la place aux espèces exotiques envahissantes plus résistantes", explique Marie Robert.

Exemple au Chameau, point culminant de Terre-de-Haut, avec ses 304 m: la végétation est dévastée, les arbres dénudés et les branches rongées.

"Outre le fait que la végétation qui tient le sol s'érode et qu'on court un risque de glissement de terrain, la biodiversité animale est menacée", souligne Marie Robert, en désignant un sol terreux et caillouteux.

C'est dans cette végétation endémique que s'abritent des reptiles qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

Un iguane vert guadeloupéen non loin de la plage de Pompierre à Terre-de-Haut dans l'archipel des Saintes en Guadeloupe le 18 mars 2026  ( AFP / Carla Bernhardt )

Un iguane vert guadeloupéen non loin de la plage de Pompierre à Terre-de-Haut dans l'archipel des Saintes en Guadeloupe le 18 mars 2026 ( AFP / Carla Bernhardt )

Plusieurs espèces endémiques sont particulièrement menacées dont la couresse des Saintes, une couleuvre endémique, le scinque guadeloupéen, un lézard à la peau luisante, et le sphérodactyle des Saintes, un gecko miniature. Ensemble, elles représentent la moitié des reptiles terrestres en danger de Guadeloupe.

- Filière viande -

Selon une étude de l'OFB menée entre 2021 et 2023, l'archipel constitue "l'un des secteurs les plus importants pour la préservation de la biodiversité dans les Caraïbes".

Philippe de Proft (G), garde-littoral, et Marie Robert, de l'Office français de la biodiversité, examinent un serpent sur la colline du Chameau à Terre-de-Haut, aux Saintes, le 18 mars 2026 en Guadeloupe ( AFP / Carla Bernhardt )

Philippe de Proft (G), garde-littoral, et Marie Robert, de l'Office français de la biodiversité, examinent un serpent sur la colline du Chameau à Terre-de-Haut, aux Saintes, le 18 mars 2026 en Guadeloupe ( AFP / Carla Bernhardt )

Ces espèces, déjà fragilisées par les rats, les chiens ou les chats errants, pourraient s'éteindre. Une perte irréversible: les îles concentrent 20% de la biodiversité mondiale des vertébrés et 75% des extinctions depuis l'an 1500 ont eu lieu en milieu insulaire, dont 86% à cause d'espèces introduites, rappelle l'OFB.

L'organisme développe donc un programme européen de financement, Life, évalué à 10 millions d'euros, pour protéger les reptiles de la Guadeloupe, mais aussi de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, confrontées aux mêmes pressions.

"Cela passe par l'éradication de certaines espèces comme les rats, mais aussi par la maîtrise des cabris", indique Philippe de Proft.

Les concepteurs du programme Life regardent vers Saint-Barthélemy, où une solution est expérimentée. L'association Island Nature Experience capture les animaux, les parque sur des terrains dédiés au pâturage, puis les réintègre dans la filière viande après contrôle sanitaire, grâce à une dérogation de la direction de l'alimentation.

"Même les adultes sauvages peuvent être valorisés", explique son président, Rudi Laplace, qui constate les effets immédiats de la capture des chèvres sur la végétation de Saint-Barthélemy.

Le modèle pourrait être dupliqué aux Saintes. "Je dois prendre un arrêté contre la divagation et mettre des terrains à disposition pour les animaux", détaille Louly Bonbon, le maire fraîchement réélu de Terre-de-Haut, soulignant que dans le futur plan local d'urbanisme de la commune, des espaces de pâturages sont prévus.

D'autant qu'une autre espèce est en train de prendre le même chemin: des moutons abandonnés par un éleveur ont proliféré sur l'île. D'un couple, le cheptel est passé à 25 têtes.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Dans les quartiers sud de Beyrouth, après une frappe aérienne israélienne, le 24 mars 2026 ( AFP / STR )
    information fournie par AFP 24.03.2026 23:17 

    Voici les derniers événements liés à la guerre au Moyen-Orient, qui entre dans son 26e jour mercredi : . Nouvelle salve de missiles iraniens vers Israël L'armée israélienne a averti tard mardi que Téhéran avait lancé une salve de missiles vers Israël, où une dizaine ... Lire la suite

  • Le président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), le 5 mars 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
    information fournie par AFP 24.03.2026 22:41 

    Les Républicains et les socialistes ont fait mardi l'examen post-mortem des élections municipales dans une ambiance parfois houleuse et déjà tournée vers la présidentielle de 2027, entre tiraillements sur les alliances avec LFI côté PS, et débats sur la désignation ... Lire la suite

  • La ministre des Sports Marina Ferrari à la sortie de l'Elysée, le 4 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )
    information fournie par AFP 24.03.2026 22:24 

    La ministre des Sports Marina Ferrari a annoncé mardi avoir saisi la justice concernant "plusieurs pratiques internes" à la Fédération française du sport automobile (FFSA), dont "l'attribution de subventions", qui soulèvent de "sérieuses interrogations quant à ... Lire la suite

  • Le ministre de l'Economie, Roland Lescure, à l'Assemblée nationale, le 24 mars 2026 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
    information fournie par AFP 24.03.2026 22:20 

    La guerre au Moyen-Orient provoque "un nouveau choc pétrolier" qui risque de peser sur la croissance économique de la France, a affirmé le ministre français de l'Economie Roland Lescure, mardi, à l'Assemblée nationale. "C'est un choc pétrolier. On en a connu une ... Lire la suite

Pages les plus populaires